Dans l’informatique classique, le silicium règne en maître depuis des décennies. Dans le secteur quantique, nous sommes encore loin d’un tel consensus. L’étude de l’OCDE et de l’OEB publiée en décembre 2025 révèle un écosystème en pleine effervescence, marqué par une expérimentation intense sur de multiples plateformes matérielles.
Pour les investisseurs et les experts en valorisation, cette absence de standard dominant représente à la fois un risque majeur et une opportunité stratégique unique.
1. Un écosystème encore à la recherche de son « Paradigm »
Contrairement à d’autres secteurs technologiques plus matures, le quantique est caractérisé par une faible maturité technologique globale. L’étude identifie au moins 12 plateformes matérielles différentes actuellement explorées pour réaliser et contrôler les phénomènes de superposition et d’intrication.
Cette diversité des approches montre que l’industrie n’a pas encore convergé vers un paradigme unique. Pour les professionnels de l’évaluation d’actifs, cela signifie que la valeur d’un brevet aujourd’hui dépend étroitement de la survie de la plateforme technologique à laquelle il est rattaché.
2. La bataille des infrastructures : Cryogénie vs Ultra-Vide
Chaque plateforme repose sur des principes physiques et des besoins en infrastructures radicalement différents :
- Le froid extrême (Cryogénie) : Les circuits supraconducteurs (utilisés par IBM ou Google) et les boîtes quantiques nécessitent des températures proches du zéro absolu (millikelvin) pour fonctionner.
- Le vide absolu (UHV) : Les pièges à ions ou à atomes neutres nécessitent des chambres à ultra-vide pour éviter que les particules d’air n’interfèrent avec les qubits.
L’enjeu de valorisation : Les plateformes capables de fonctionner à température ambiante ou utilisant des processus de fabrication standards (semi-conducteurs) offrent des chemins de passage à l’échelle plus clairs et sont donc potentiellement plus valorisables à long terme.
3. Qui mène la danse ? Les chiffres de l’innovation
Le paysage des brevets reflète cette compétition entre plateformes :
- Les supraconducteurs en tête : Dans le domaine du calcul, les technologies supraconductrices détiennent actuellement l’avantage en termes de volume de familles de brevets internationaux (IPF).
- La montée en puissance du calcul : Si la communication quantique a longtemps dominé, le calcul quantique est devenu la zone la plus dynamique, dépassant les autres domaines en nombre de dépôts annuels depuis 2022.
- Hyper-croissance : Les brevets dans le calcul quantique ont été multipliés par près de 20 depuis 2014, contre une multiplication par 3 pour la communication.
4. Stratégie d’investissement : Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier
Face à cette incertitude, les investisseurs et les gouvernements adoptent une stratégie de diversification des risques.
- Le pic de financement : L’intérêt reste massif, avec des levées de fonds atteignant près de 5 milliards de dollars en 2024.
- Le rôle du Capital Risque d’Entreprise (CVC) : La part du CVC dans le quantique (8 % entre 2019-2021) est le double de la moyenne générale, prouvant que les géants technologiques veulent garder un pied dans chaque plateforme potentiellement gagnante.
Conclusion : Valoriser l’agilité technologique
Dans ce contexte de « guerre des standards », la valorisation de l’immatériel ne peut se contenter d’une analyse quantitative des brevets. Elle doit intégrer la viabilité industrielle de l’architecture matérielle. Les entreprises « core » du secteur, dont 58 % des fondateurs sont des docteurs (PhDs), sont des actifs précieux car elles détiennent non seulement la PI, mais aussi le savoir-faire critique pour naviguer dans cette incertitude.
En 2025, investir dans le quantique, c’est accepter de parier sur plusieurs chevaux, tout en surveillant de près lequel franchira le premier la barrière de l’industrialisation.
Source : OECD/EPO (2025), « Mapping the global quantum ecosystem: A comprehensive analysis based on innovation, firm, investment, skills, trade and policy data ».