Industrie 4.0 : Quand le Brevet vaut plus que les machines

Dans l’industrie, la valeur d’une entreprise ne se mesure plus uniquement au tonnage de ses machines ou à la surface de ses entrepôts. L’analyse de nos missions sur la période 2017-2025 révèle que le secteur Industrie, Machines & Équipements constitue notre quatrième pilier d’expertise.

Qu’il s’agisse de Deep Tech, de robotique avancée ou d’équipements de mesure, la valeur bascule du matériel (hardware) vers l’immatériel (brevet, logiciel embarqué, savoir-faire, secret de fabrication, etc.). Voici les méthodes et tendances clés pour évaluer ces actifs tangibles devenus intelligents.

1. La technologie prime sur la marque

Contrairement au secteur du luxe où la marque est souvent reine, dans l’industrie, c’est la technologie brevetée ou le savoir-faire technique qui capte la part du lion de la valorisation. L’enjeu pour l’évaluateur est d’isoler la valeur intrinsèque de l’innovation technique par rapport aux autres actifs.

  • L’écart de valeur Tech/Marque : Dans un dossier récent concernant un spécialiste de la robotique et de la cobotique, nos analyses ont démontré une disproportion flagrante. La technologie brevetée (permettant la mémorisation de gestes techniques) a été valorisée à plus de 13 millions d’euros, tandis que la marque associée ne représentait qu’environ 2 millions d’euros (ce qui est déjà bien!).
  • La prime à la rupture : Pour des innovations d’efficacité énergétique encore protégées par le secret de fabrique, les valorisations peuvent s’envoler si le marché adressable est mondial. Nous avons observé des valorisations de licences d’exploitation dépassant les 70 millions d’euros, basées sur des projections de flux futurs (DCF), bien avant la production de masse.

2. Le défi du « Logiciel Embarqué » et l’IP Box

Une tendance lourde observée ces deux dernières années est la valorisation du logiciel au sein de la machine. De nombreuses PME industrielles ignorent qu’elles sont éligibles au régime fiscal avantageux de l’IP Box sur la part logicielle de leurs équipements physiques.

  • Discerner le Hardware du Software : Pour un leader mondial des appareils de test et de mesure, la mission a consisté à définir quelle part du prix de vente de la machine provenait du logiciel de détection intégré.
  • Le verdict des chiffres : L’analyse a révélé que la licence logicielle pouvait contribuer à hauteur de 43% à 50% de la valeur globale du produit fini. Cette méthode permet de transformer comptablement une vente de matériel en revenus de propriété intellectuelle, optimisant ainsi la fiscalité de l’innovation.

3. Justifier les flux internationaux (Prix de transfert)

Les groupes industriels fabriquent souvent dans un pays et vendent dans un autre via des filiales. La valorisation sert alors d’outil juridique pour justifier les flux financiers (redevances) entre la maison mère détentrice des brevets et ses entités de distribution.

  • Calibrer le taux de redevance : Dans le secteur des capteurs de haute précision (MEMS), nous sommes intervenus pour auditer les conditions de rémunération d’une licence vers une filiale américaine. L’étude de marché a validé un taux de redevance compris entre 0,05 % et 0,8 % du chiffre d’affaires, justifiant ainsi la conformité des prix de transfert.
  • La licence « forcée » : Dans des contextes de litiges dans le BTP, la valorisation peut servir à établir un prix de licence pour éviter un procès en contrefaçon. Nos experts ont pu recommander des taux de redevance autour de 2,5 % pour permettre à un concurrent d’utiliser un procédé breveté sur un chantier spécifique.

4. De la R&D au marché : l’évolution des méthodes

La valorisation industrielle suit le cycle de vie du produit. Nos méthodes s’adaptent selon que la machine est en phase de prototype ou de commercialisation massive.

  • Phase d’amorçage (Approche par les Coûts) : Pour des innovations jeunes, comme des dispositifs de cuisson professionnels innovants, nous surveillons les coûts de développement et les premiers brevets pour établir la valeur (estimée ici à un peu moins d’un million d’euros pour le brevet).
  • Phase de maturité (Approche par les Revenus) : Pour des équipements installés, comme des systèmes de vannes industrielles ou des technologies de gravure de précision, l’approche par les redevances futures prend le relais pour refléter la position de marché réelle et la récurrence des ventes.
valorisation financière des brevets et des savoir-faire dans l'industrie 4.0

Conclusion :

Valoriser une entreprise industrielle demande aujourd’hui une double lecture. Il ne suffit plus d’auditer le parc de machines ; il faut évaluer la « matière grise » qui les pilote. Qu’il s’agisse de préparer une cession de technologie de stockage logistique ou de structurer un groupe de composants électroniques, l’expert financier doit savoir démonter le mécanisme de création de valeur, boulon par boulon, ligne de code par ligne de code.

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