L’intelligence artificielle: le défi français

Intelligence artificielle

Le 8 novembre 2021, les conférences France is AI réunissaient à la Station F à Paris de nombreux acteurs français de l’innovation. Chefs de grandes entreprises, start-uppeurs, directeurs de centres de recherche ou étudiants, tous étaient présents pour ce rendez-vous autour de l’intelligence artificielle. Particularité cette année, l’événement était couronné par des annonces fortes du gouvernement en faveur de l’intelligence artificielle.

Depuis quelques années, l’intelligence artificielle a pris une place majeure au sein de l’entreprenariat et de la recherche en France. La cartographie des startups de France Digitale, dévoilée lors cet événement, témoigne de la forte croissance de l’IA au sein de l’économie hexagonale avec 502 startups spécialisées dans ce domaine (en hausse de 11% par rapport à 2020). Les fonds levés autour de l’intelligence artificielle ont également doublé. L’État français n’y est pas pour rien dans la vivacité de ce secteur : dès 2018, le gouvernement avait annoncé un plan de 1,5 milliard d’euros pour soutenir le développement de la filière de l’IA, que ces initiatives soient privées ou publiques. Son but : « placer la France sur la carte mondiale de l’innovation ». Toutefois, maintenant que les objectifs sont atteints et que le secteur de l’IA est en pleine expansion, le gouvernement poursuit son effort et lance la deuxième phase de son plan avec une nouvelle enveloppe de 2,5 milliards d’euros dédiée à la formation autour de l’IA et l’investissement dans les entreprises du secteur.

Pourquoi soutenir une nouvelle fois le secteur de l’intelligence artificielle ? L’État aide historiquement les secteurs en difficulté, comme l’industrie sidérurgique dans les années 1980, ou les secteurs d’avenir qui peinent à se lancer, comme les voitures électriques. L’intelligence artificielle n’est ni l’un, ni l’autre. Cependant, l’intelligence artificielle se dresse en symbole des difficultés françaises contemporaines, d’où la nécessité pour l’État de présenter une France nouvelle, qui sait répondre à ses défis.

Une tendance à la prudence. D’une part, l’environnement financier français est assez prudent. L’investisseur français, et européen en général, est traditionnellement réticent à investir massivement dans le capital-risque (venture capital), dans le financement de jeunes entreprises innovantes à haut potentiel de croissance. Or, la plupart des startups, notamment dans celles dans l’intelligence artificielle, font partie de cette catégorie et subissent cette réticence à investir. L’investissement en capital-risque se libère toutefois en France ces dernières années : il a triplé depuis 2015, atteignant les 5,1 Md$ selon le Ministère de l’Économie, mais reste tout de même inférieur aux sommes atteintes aux États-Unis (156 Md$) ou en Chine (57 Md$). Financièrement parlant, l’intelligence artificielle constitue un défi de taille en termes d’investissement en capital-risque. D’autre part, cette tendance à la prudence pousse la France et l’Europe à réguler massivement. L’intelligence artificielle ne fait pas exception à la règle. Un projet d’encadrement des usages à risque de l’IA est sur la table de la Commission Européenne depuis le début d’année. Or, la régulation abusive étouffe l’innovation et ne laisse aucune place à l’expérimentation. Via le plan d’investissement dans l’intelligence artificielle, la France veut renouer avec deux valeurs en déclin aujourd’hui : l’expérimentation et l’innovation. La France veut oser de nouveau.

Une industrie en déclin. L’intelligence artificielle est une technologie fortement liée à l’informatique et à l’industrie numérique et électronique, deux domaines où la France possède un retard conséquent. En effet, dès le début du XXIème siècle, la France a raté le chemin de la Troisième Révolution industrielle en laissant le monopole de la fabrication des composants électroniques aux pays asiatiques et le contrôle des plateformes numériques aux États-Unis. Le secteur du numérique représente donc le symbole de notre retard de développement industriel. Une solution serait donc de reprendre le train en marche et de sauter dans le wagon de la Quatrième Révolution industrielle, la révolution de l’intelligence artificielle. Le meilleur scénario serait même de devenir leader dans la conception des outils de l’intelligence artificielle, i.e. les technologies fixant les bases de l’IA, comme l’était l’Allemagne au XXème siècle avec les machines-outils.

Une formation en concurrence. L’innovation, notamment l’intelligence artificielle, fait face à une guerre intense des talents. Les employés hyper-qualifiés et experts dans un domaine sont au centre d’une bataille acharnée entre les entreprises. Or, la France cède du terrain : elle stagne au classement PISA (classement visant à mesurer les performances du système éducatif des pays de l’OCDE) et un brain drain vers les pays anglophones se met en place. C’est pourquoi, dans son nouveau plan, le gouvernement français souhaite accélérer dans le domaine de l’intelligence artificielle en aidant la formation de meilleurs chercheurs et d’employés capables de comprendre l’IA à tout niveau de formation. L’intelligence artificielle doit permettre de reformer une élite scientifique française.

Finalement, le secteur de l’intelligence artificielle synthétise les défis industriels et économiques actuels de la France. La France doit repenser son système financier pour promouvoir des valeurs fondamentales oubliées telles que l’innovation, la créativité ou le culte du petit (ou de la startup). L’investissement dans ce secteur doit également être le catalyseur pour une renaissance de la France sur le plan industriel et scientifique. « France is AI » a donc un objectif : trouver dans l’intelligence artificielle les valeurs de la France de demain.

Par Hugo Ballansat (novembre 2021)

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